Plus de changements de cabinet, moins de départs du barreau : les cabinets d’avocats d’affaires belges en mouvement

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Les avocats sont de plus en plus nombreux à changer de cabinet, tandis que les départs du barreau diminuent et près de la moitié des nouveaux associés sont des femmes. Ce sont les principales conclusions de notre dernière étude consacrée à la démographie des cabinets d’avocats d’affaires belges.

Les cabinets d’avocats d’affaires belges à la loupe

Dans le cadre de son étude annuelle, YouConnect a analysé la composition de 90 cabinets d’avocats d’affaires belges, représentant plus de 4.000 avocats titulaires d’un diplôme belge en droit [1]. Nous avons examiné les arrivées dans la profession, les changements de cabinet, les départs du barreau ainsi que les nominations d’associés entre août 2025 et juillet 2026.

À travers cette étude, nous souhaitons avant tout permettre aux avocats de mieux comprendre les évolutions de carrière au sein de leur secteur. Nous souhaitons également donner aux décideurs, aux étudiants en droit en fin d’études et à toute personne intéressée un aperçu des principales tendances et évolutions de la profession.

La pyramide des avocats a un sommet bien fourni

La structure des cabinets d’avocats d’affaires est souvent représentée sous la forme d’une pyramide : une large base composée de jeunes avocats, surmontée de niveaux de plus en plus restreints de collaborateurs expérimentés et d’associés. Nos chiffres viennent toutefois quelque peu nuancer cette représentation.

Les avocats stagiaires représentent environ un quart de la population étudiée, soit 24 %. Près de la moitié sont des avocats ayant plus de trois ans d’expérience, sans être associés. Le quart restant est composé d’associés.

Une équipe type se compose donc d’un associé, de deux collaborateurs expérimentés et d’un stagiaire. La base est ainsi moins large et le sommet plus étoffé que dans une structure pyramidale classique.

Moins de jeunes avocats recrutés en raison de l’IA ? Pas pour le moment

La question de savoir si les cabinets d’avocats recrutent moins de jeunes diplômés à mesure que l’intelligence artificielle permet d’automatiser ou de faciliter certaines tâches juridiques continue de faire débat. Nos chiffres ne révèlent toutefois, à ce stade, aucune diminution du nombre d’avocats de première année.

Au cours de la dernière année judiciaire, nous avons compté 354 avocats débutants au sein des cabinets étudiés. Ils représentent ainsi environ 8,5 % de l’ensemble de la population analysée.

Mais derrière ce chiffre se cachent de grandes différences entre les cabinets. Parmi les cinq cabinets ayant recruté le plus d’avocats de première année, trois en ont engagé moins que l’année précédente. À l’inverse, les deux autres en ont recruté nettement plus. Dans l’un de ces cabinets, le nombre de débutants a même triplé. Les chiffres varient aussi fortement d’un grand cabinet à l’autre. Il est donc encore trop tôt pour en tirer une conclusion générale.

Lors de nos échanges avec certains cabinets, plusieurs nous ont déjà indiqué avoir fait le choix délibéré de recruter moins d’avocats de première année. D’autres y voient peut-être justement une occasion d’attirer davantage de jeunes talents, convaincus que les juniors d’aujourd’hui sont les seniors de demain. Pour l’instant, les chiffres ne montrent donc pas de baisse générale du recrutement d’avocats débutants.

Les jeunes avocats sont de moins en moins nombreux à effectuer l’intégralité de leur stage dans le cabinet où ils ont débuté leur carrière

Pour les jeunes avocats, il est de moins en moins courant d’effectuer l’ensemble de leur stage dans le cabinet où ils ont commencé leur carrière. Cette année, 21,4 % des avocats ayant moins de trois ans d’expérience ont changé de cabinet, contre 16 % l’année précédente. Une augmentation importante qui confirme que les stagiaires restent les avocats les plus mobiles.

L’année dernière, nous avions déjà constaté que les jeunes avocats n’hésitent pas à changer de cabinet lorsque leur environnement de travail ne répond pas à leurs attentes ou lorsqu’ils pensent pouvoir davantage évoluer ailleurs. Un manque d’encadrement, une culture de travail malsaine, des dossiers insuffisamment stimulants ou intéressantes ou encore un déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée peuvent notamment motiver cette décision.

La nouvelle hausse des changements de cabinet souligne combien il est important pour les cabinets non seulement d’attirer de jeunes talents, mais aussi de leur offrir un environnement dans lequel ils souhaitent rester. Des attentes clairement définies, des mentors disponibles et des échanges réguliers sur le développement professionnel et la charge de travail peuvent contribuer à identifier à temps d’éventuelles difficultés.

Pour les jeunes avocats, un changement de cabinet mérite tout autant une réflexion approfondie. Un autre cabinet peut offrir de nouvelles perspectives, mais il est essentiel de vérifier concrètement si l’encadrement, les dossiers et les attentes y correspondent davantage à ce qu’ils recherchent.

Les avocats expérimentés changent également plus souvent de cabinet, mais quittent moins fréquemment le barreau

La mobilité accrue ne concerne pas uniquement les avocats les plus jeunes.

Chez les avocats ayant entre trois et cinq ans d’expérience, le pourcentage de ceux qui ont changé de cabinet est passé de 13,6 % à 16,8 %. La même tendance se dessine chez les avocats ayant entre cinq et huit ans d’expérience, avec une légère hausse de 12,1 % à 13,7 %.

Le changement le plus frappant concerne les avocats ayant entre huit et dix ans d’expérience. L’année dernière, seuls 6,3 % d’entre eux avaient changé de cabinet, contre 14 % cette année. Ce pourcentage a donc plus que doublé et se rapproche désormais de celui des avocats un peu moins expérimentés. Alors que nous avions constaté l’année dernière une forte baisse des changements de cabinet à partir de huit ans d’expérience, cette baisse semble désormais se produire plus tard dans la carrière.

Une explication possible réside dans les transformations qu’ont connues certains cabinets au cours de l’année écoulée. Nos observations du marché montrent que certains cabinets ou certaines équipes ont été confrontés à une diminution du nombre de nouveaux dossiers. Cette situation peut amener les cabinets à examiner plus attentivement leurs effectifs, exerçant ainsi une pression également sur les avocats plus expérimentés, généralement plus coûteux.

Les avocats comptant plus de dix ans d’expérience ont eux aussi changé plus fréquemment de cabinet : environ 7 %, contre 5 % l’année dernière. Ils restent néanmoins la catégorie la moins mobile, avec un écart marqué par rapport aux groupes moins expérimentés.

Les cabinets ont été sélectionnés sur la base de l’expertise de YouConnect du marché juridique, en s’appuyant également sur les classements de Chambers & Partners et de Legal 500. Les avocats titulaires d’un diplôme de droit étranger n’ont pas été pris en compte dans l’analyse.

Les informations ont été recueillies sur les sites internet des cabinets d’avocats étudiés et complétées par des données publiquement accessibles sur LinkedIn. Cette étude donne un aperçu des tendances au sein des cabinets d’avocats d’affaires sélectionnés. Ses résultats ne peuvent donc pas être automatiquement généralisés à l’ensemble de la profession d’avocat en Belgique.

Comparaison des pourcentages selon les annees dexperience en 2024 2025 et 2025 2026

Parallèlement à cette augmentation des changements de cabinet, nous observons une diminution des départs du barreau. La proportion d’avocats ayant quitté le barreau est passée de 8,2 % à 6,5 % cette année.

Les avocats comptant entre trois et dix ans d’expérience représentent environ deux tiers de ces départs. La plupart poursuivent leur carrière en entreprise, en tant que juristes d’entreprise. Une proportion plus restreinte s’oriente vers le monde académique, la magistrature ou le notariat.

Nominations de nouveaux associés : presque autant de femmes que d’hommes

Au sein de la population des associés, le déséquilibre historique entre femmes et hommes reste important. Parmi les 1.009 associés recensés dans les cabinets étudiés, 232 sont des femmes et 777 sont des hommes, soit respectivement 23 % et 77 %.

La situation est toutefois plus équilibrée parmi les nouveaux associés. Au cours de l’année écoulée, 59 avocats ont accédé au statut d’associé dans les cabinets analysés : 26 femmes et 33 hommes [2]. Les femmes représentent ainsi environ 44 % des nouveaux associés, une progression par rapport à l’année précédente, où elles ne constituaient qu’environ un tiers des nominations.

Parmi ces 59 nouveaux associés, 40 travaillaient déjà au sein du cabinet dans lequel ils ont été nommés, dont treize depuis le début de leur carrière.

Dans le cadre des promotions internes, les femmes étaient même légèrement majoritaires, représentant 52,5 % des nominations. Cette répartition plus équilibrée est encourageante et s’inscrit dans la continuité de l’attention accordée ces dernières années par plusieurs cabinets à la diversité de genre.

Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure que ces efforts portent leurs fruits. Une seule année marquée par des nominations plus équilibrées ne suffit pas à démontrer un changement structurel. Les prochaines années devront confirmer si cette évolution se poursuit.

Dix-neuf avocats ont accédé au statut d’associé en rejoignant un autre cabinet. Au sein de ce groupe, les hommes étaient, en revanche, largement majoritaires, avec 74 %.

Les avocats ayant créé leur propre cabinet au cours de l’année écoulée n’ont pas été pris en compte dans ce calcul.

Repartition par genre des promotions internes et des recrutements lateraux dassocies dans le secteur juridique

Les hommes étaient également nettement surreprésentés parmi les associés ayant changé de cabinet : ils constituaient 84 % des associés concernés. Ce chiffre doit néanmoins être replacé dans le contexte d’une population d’associés composée à 77 % d’hommes.

La majorité des nouvelles nominations d’associés concerne des avocats comptant entre dix et quinze ans d’expérience. Ils représentent 60 % de l’ensemble des promotions. Environ 15 % des nouveaux associés ont achevé leur parcours vers l’association (« partner track ») au cours des dix premières années de leur carrière, tandis que les 25 % restants ont accédé à ce statut après au moins quinze années d’exercice au barreau.

Conclusion : que signifient ces tendances pour votre carrière ou votre politique de recrutement ?

Les chiffres de l’année judiciaire 2025-2026 montrent que les avocats d’affaires en Belgique changent de plus en plus souvent de cabinet, mais sont moins nombreux à quitter la profession.

Pour les cabinets d’avocats, cette évolution souligne l’importance d’accorder autant d’attention au recrutement qu’à la rétention des talents. Les jeunes avocats n’attendent pas nécessairement la fin de leur stage pour rechercher un autre environnement professionnel, et les collaborateurs expérimentés continuent eux aussi à évaluer leurs possibilités. Il est donc essentiel d’échanger régulièrement avec les collaborateurs sur leur accompagnement, leur charge de travail, leurs dossiers et leurs perspectives d’évolution, et ce tout au long de leur carrière.

Pour les entreprises, le barreau reste une source importante de talents juridiques. La diminution des départs souligne toutefois la nécessité de proposer des opportunités professionnelles concrètes et convaincantes. Mettre simplement en avant un environnement de travail différent ne suffit pas à démontrer en quoi un changement correspond aux ambitions d’un candidat. Le passage d’un statut d’indépendant à celui de salarié mérite également une attention et un accompagnement particuliers.

Pour les avocats, ces chiffres permettent de mieux comprendre les tendances du marché, sans pour autant constituer un conseil de carrière personnalisé. L’augmentation des changements de cabinet ne signifie pas qu’un départ soit toujours la meilleure décision. Une carrière durable repose également sur la loyauté, la persévérance et une vision à long terme. Développer son expertise, gagner la confiance et progresser professionnellement demandent du temps. Une période difficile ne signifie donc pas forcément qu’il faut chercher ailleurs : une discussion ouverte sur les attentes et les perspectives d’évolution peut parfois s’avérer plus bénéfique qu’un changement précipité.

La loyauté ne doit toutefois pas devenir une raison de rester lorsque les perspectives font structurellement défaut. La véritable question est de savoir quel environnement vous offrira, à long terme, les meilleures conditions pour vous développer professionnellement, tout en respectant vos priorités personnelles.

Vous souhaitez savoir ce que ces évolutions signifient pour la suite de votre carrière ou pour le recrutement de talents juridiques ? YouConnect se fera un plaisir de vous accompagner dans votre réflexion.


[1] Les cabinets ont été sélectionnés sur la base de l’expertise de YouConnect du marché juridique, en s’appuyant également sur les classements de Chambers & Partners et de Legal 500. Les avocats titulaires d’un diplôme de droit étranger n’ont pas été pris en compte dans l’analyse.

Les informations ont été recueillies sur les sites internet des cabinets d’avocats étudiés et complétées par des données publiquement accessibles sur LinkedIn. Cette étude donne un aperçu des tendances au sein des cabinets d’avocats d’affaires sélectionnés. Ses résultats ne peuvent donc pas être automatiquement généralisés à l’ensemble de la profession d’avocat en Belgique.

[2] Les avocats ayant créé leur propre cabinet au cours de l’année écoulée n’ont pas été pris en compte dans ce calcul.

Rédigé par Diether Vandenbussche - 28 oct. 2026

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